Enseignant-chercheur, fondateur de l’application éducative Magoé.
Propos recueillis ce lundi ; 29 juin 2022, au siège de l’entreprise Magoé Technologie, à Sonfonia Conakry.

Médiatech Guinée : vous avez lancé une application éducative en Guinée. Concrètement, comment un parent fait pour y accéder ?
Mazoughou GOEPOGUI : il y a deux possibilités : la première, c’est le partenariat avec Orange Guinée : les « Passes Magoé et Education ». On a supprimé l’abonnement. Le parent achète des passes de 600 à 5000 francs, valables une semaine. Avec ça , l’enfant a accès à tous les contenus.
L’avantage ? Le parent est assuré. La connexion achetée sert uniquement à réviser. L’enfant ne peut pas aller sur facebook ou Tik Tok avec. C’est dédié exclusivement à la révision.
La seconde option, c’est l’abonnement annuel à 250 000 francs pour toutes les matières. Là, l’élève télécharge une fois les cours et il peut consulter même sans connexion internet.
Médiatech Guinée : Beaucoup d’enseignants et de parents craignent que le numérique remplace le professeur ou le livre. Qu’est-ce que vous leur répondez ?
Mazoughou GOEPOGUI : Je leur dis d’abord : ne pas opposer l’application et le livre. Ce n’est pas le problème.
On a l’impression que le numérique est venu pour remplacer le livre. Ce n’est pas le cas. Ce sont des éléments qui se complètent.
Si l’enfant a besoin d’une simple lecture, je recommande le livre. Mais s’il veut de l’interactivité, poser des questions, avoir des corrections immédiates, c’est là que je recommande l’application.
Donc l’application ne vient pas remplacer le livre. Elle ne vient pas remplacer le répétiteur. Elle vient pour augmenter le répétiteur.
Médiatech Guinée : Justement, quel est le rôle du répétiteur face à votre application ?
Mazoughou GOEPOGUI : Une complémentarité totale.
Imaginez : le répétiteur vient, explique les parties non comprises, laisse des devoirs. Quand il part, l’enfant a tendance à oublier jusqu’à la prochaine séance.
L’application est là pour ça . L’enfant peut réviser ce qu’il a fait avec son répétiteur à la maison. Le répétiteur lui-même peut activer le contrôle parental pour suivre les résultats de l’enfant.
Et surtout , l’application ne remplace jamais un enseignant compétent. Quelle que soit sa performance.
Médiatech Guinée : Vous dites que tous les élèves n’ont pas les mêmes difficultés. Comment l’application s’adapte ?
Mazoughou GOEPOGUI : C’est biaisé de dire « voici la matière où tous les enfants chutent ».
Moi par exemple , les maths étaient faciles. Mais la philosophie , c’était compliqué. En chimie , je ne comprenais rien au collège. C’est un professeur au lycée qui m’a fait comprendre que c’était facile.
Chaque enfant a sa particularité. Un peut être fort en physique , l’autre en français. L’application sert à apporter à chaque enfant l’accompagnement spécifique dont il a besoin, pour être au même niveau que ses amis.
Médiatech Guinée : D’où vient le contenu de l’application ?
Mazoughou GOEPOGUI : Le contenu est cent pour cent produit par des enseignants guinéens.
On a un réseau de plus de 100 écoles . Quand on a besoin d’un professeur, on demande des propositions à ces écoles. On prend contact, et à travers un test on vérifie leur niveau.
Je suis aussi en train de faire un partenariat avec l’INRA pour que ce soit eux qui nous fournissent les enseignants.
Médiatech Guinée : Vous parlez beaucoup de « gamification » . Qu’est-ce que ça veut dire pour un élève guinéen?
Mazoughou GOEPOGUI : Les enfants sont attirés par Tik Tok et Facebook parce qu’ils ont compris ce que les enfants veulent : s’amuser . Nous , on propose parfois le contraire de leur psychologie.
Il ne faut pas opposer distance et apprentissage. Il faut une fusion. Amener les enfants à apprendre en s’amusant.
Sur l’application , si l’enfant répond juste, il a une jolie photo avec une jolie musique pour l’encourager . S’il se trompe, c’est une photo bizarre avec une musique qui se moque un peu de lui. Il pense qu’il joue, mais en réalité il apprend.
Notre objectif : transformer tout le programme du pré-universitaire en jeux éducatifs, en dessin animé. Si on y arrive , je suis convaincu qu’on peut viser le zéro échec au primaire d’ici 2040.
Médiatech Guinée : Quels sont les chiffres aujourd’hui ?
Mazoughou GOEPOGUI : On a une communauté de plus de 50 000 membres . Parmi eux, plus de 30 000 élèves utilisent l’application.
Avant les examens, on est entre 500 et 1000 élèves par jour. Après ça monte à 1500-2000 élèves par jour.
On ne s’occupe pas que des élèves . On a déjà formé plus de 1 500 enseignants à travers la Guinée, parce qu’enseigner au 21e siècle sans le numérique, c’est difficile.
Médiatech Guinée : Vous terminez souvent sur le numérique comme « opportunité ». Pourquoi ?
Mazoughou GOEPOGUI : Parce que c’est une opportunité énorme. Ça brise les barrières entre pauvres et riches, entre ceux qui étudient ici et ailleurs.
Je ne serais pas là si ce n’était pas le numérique . Je n’ai pas fait informatique, j’ai appris la programmation seul via le numérique. Aujourd’hui, notre application est la 3e meilleure d’Afrique selon l’Union Africaine.
Mon message aux parents : Internet est là pour aider vos enfants à être sujets de leur propre vie, à prendre des décisions.
Si on fuit le numérique , ces enfants deviennent des marchandises. Plus tu es sur Facebook , tu laisses des données qui sont vendues d’autres.
Alors qu’avec le numérique, tu peux développer des solutions, te faire de l’argent, gagner ta vie.
Bref, le numérique est une opportunité énorme. Il ne faut pas passer à côté.
Propos recueillis par Aly Pires CAMARA

